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Quand l’Occident rêvait de l’Orient

Cette exposition n’a d’autre ambition que de vous emmener dans un monde de rêve, de symbole et d’histoire. C’est le reflet de mes coups de cœur, de mes lectures et des questions que je me suis posées au fil de ma découverte de l’Orient. Certes, il y a beaucoup à lire, il y a tant à dire.

A vous de composer votre périple en Orient, voyagez à la carte entre les villes, les mers, les livres, les thèmes et les auteurs. Retrouvez l’auteur qui vous avait séduit dans Le Capitaine Fracasse, découvrant «le panorama merveilleux» de la Corne-d’or à Constantinople, ou celui des Pêcheurs d’Islande, enfermé la nuit dans le Jardin des Oliviers à Jérusalem ou encore suivez les traces du talentueux créateur Des Trois Mousquetaires, errant dans le site désolé de Carthage, partagez l’émotion de celui qui a écrit Colomba, quand, face aux vestiges de l’Alhambra à Grenade, il s’émerveille.

Ils sont là, tous, mais surtout là où vous ne les attendez pas…

Serge Hustache

L’Orient des écrivains français

Parmi les nombreux ouvrages publiés en Europe sur l’Orient, la traduction en français par Galland des contes des Mille et Une Nuits puis la publication des Lettres persanes de Montesquieu avaient contribué à créer une « mage» de l’Orient dès le début du 18e siècle. L’expédition d’Egypte conduite en 1798 par Bonaparte, la conquête de l’Algérie en 1830 et l’inauguration du Canal de Suez en 1869 créaient les conditions pour que cette réception de l’Orient s’élargisse aux milieux artistiques et littéraires français mais aussi au grand public. En littérature, l’orientalisme est d’abord étroitement lié aux valeurs du romantisme littéraire des premières décennies du 19e siècle. Chateaubriand fait en 1806 un voyage en Orient pour «aller chercher des images», qu’il rapporte dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem. Victor Hugo, publie en 1829 un recueil de poèmes lyriques et fantastiques intitulé Les Orientales. Lamartine écrit en 1833 dans une veine authentiquement romantique ses Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient, dans lesquels il appelle l’Europe à «protéger» la brillante civilisation orientale en décadence. En 1851, près de dix ans après son voyage au Moyen Orient, Gérard de Nerval publie son Voyage en Orient, dans lequel l’Orient est étroitement associé à la féminité et à la volupté. Théophile Gautier publie le Roman de la Momie en 1857, une fresque littéraire précieuse sur l’Egypte. Après un voyage en Turquie et en Egypte en 1849-51, Gustave Flaubert publie, au bout d’un long et acharné travail, Salammbô, un «poème épique» situé à Carthage deux siècles avant notre ère. La poésie de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal est elle aussi fortement imprégnée de l’Orient, de ses odeurs, de ses parfums et couleurs, et des sensations puissantes de l’Ailleurs qui représentent une alternative au morne quotidien du poète. Ecrivain prolixe, adoré du public de l’époque, Pierre Loti a exercé une influence profonde sur la représentation populaire de l’Orient. L’Orient a ainsi trouvé des expressions nouvelles tant chez les romantiques que les réalistes ou les symbolistes. Ce n’est pas l’histoire de tous ces écrivains que propose cette exposition mais bien celle de leurs rencontres avec l’Orient.

Le 19e siècle en Orient

Avec la progression au cours du 19e siècle de l’expansion coloniale européenne, se développe un fort intérêt intellectuel, artistique et scientifique pour les pays du Moyen-Orient de culture islamique (Afrique du Nord, Egypte, Syrie, Palestine, Turquie).

Sur le plan politique, le 19e siècle est par essence le siècle charnière qui va changer la face du monde. C’est un siècle de transition entre l’ancien régime et la société industrielle. Un siècle qui va faire passer une société traditionnelle qui a peu bougé depuis le Moyen Age aux grands empires industriels. Notre histoire de l’Orient va débuter avec l’expédition d’Egypte de Bonaparte et se terminer avec l’assassinat de l’héritier du trône des Habsbourg par un nationaliste serbe à Sarajevo, acte catalyseur de la première guerre mondiale. De cette guerre, un monde nouveau va naître sur les cendres des grands empires séculaires (austro-hongrois, tsariste, ottoman, prussien). Les textes correspondent à la période qui va de l’expédition d’Egypte de Napoléon en 1798 au déclenchement de la première guerre mondiale en 1918. Ils s’étalent sur une période de 120 ans. La plupart des grands sujets qui secouent encore l’actualité aujourd’hui trouvent leurs origines dans les conséquences des entreprises coloniales du 19e siècle (Palestine, Irak, Sahara occidental, Balkans, Chypre, Kurdistan, racisme, réfugiés, etc.) et il est impossible de ne pas les garder en mémoire lorsque l’on parcourt l’exposition.

Cette démarche s’inscrit dans les objectifs de l’association «Rencontre des cultures de l’Orient et de l’Occident». Elle est le fruit d’une collaboration avec le PAC et l’ACCS. Avec la collaboration du Service de l’éducation permanente de la Communauté française de Belgique, du Gouvernement wallon et de la Loterie nationale.

Nous et l’Orient

Il n’y a pas de «choc des civilisations» mais bien un choc des préjugés et des ignorances. Depuis des siècles, le dialogue n’a jamais cessé. Au contraire, il s’est nourri des rencontres entre des personnes éclairées des deux rives de la Méditerranée. Et la culture et la littérature sont de puissants vecteurs de dialogue et de solidarité.

Notre appartenance à la Francophonie, par l’entremise de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, est une chance supplémentaire, un véritable atout.

Elle nous ouvre un large espace de Tahar Ben Jelloun à Rachid Mimouni en passant par Albert Cossery, Albert Memmi et Albert Camus. La culture est une arme puissante contre toutes les intolérances. Nous pensons que c’est dans la confrontation positive des idées, en d’autres termes dans une démarche d’éducation permanente, que l’on combattra efficacement les intégristes de tous bords et que l’on dessinera petit à petit un monde prenant le meilleur des valeurs de l’Orient et de l’Occident. En partant des récits de voyage en Orient, nous voulons mettre en évidence la proximité qui existe entre nos deux cultures là où on ne l’attend pas nécessairement.